La douloureuse lutte des femmes

L’énergie picturale de Ludmilla Moshek exprime, dans les toiles exposées dans son atelier-galerie de Clarens, la tension libératrice des femmes.

Le geste est puissant. violent même, qui cerne et sculpte les corps tendus à l'extrême de femmes dont on ne voit que rarement la tête. Corps objets. provocants, offerts comme des troncs d'arbres tourmentés. L’écorce rugueuse. fortement entaillée de certains corps dégage l'impression de combats subis et en cours. Les ondes oranges et jaunes qui courent sur le ventre et la poitrine donnent, à l'opposé, la sensation d'intense énergie vitale. Ce mouvement ondulatoire parcourt ailleurs le contour du corps, laissant le centre d'un blanc serein. La notion de contrainte et de libération, récurrente dans l'oeuvre actuelle de Ludmilla Moshek, prend la forme de liens enserrant un corps-objet noir, de ficelles manipulant un pantin abandonné au sol, ou d'élan interrompu, le corps ployé, les bras tendus vers le haut. Pendus ... La chaise, objet perçu comme accessoire d'évolutions érotiques, est aussi le lieu du combat désespéré de l'être contraint à l'immobilité. Une peinture particulièrement intéressante sur le plan du mouvement et du geste des couleurs a une tonalité déchirante. En regard de ces luttes incertaines. quelques très beaux portraits, des anatomies douces, nimbées de lumière sereine, quelques pas de danse saisis avec bonheur et des croquis subtils de baigneuses indolentes. L'opposition entre tension et abandon, douceur et violence reflète bien l'ambiguïté de femmes partagées entre ce qu'elles sont et ce qu'on attend d'elles. La patte vigoureuse du peintre, sa palette naviguant entre les bruns, les ocres, les blancs et les noirs impriment aux toiles une force impressionnante.
Mireille Schnorf